Manger ou ne pas manger ?

Nestor sautille d’une épaule à l’autre et se focalise sur un seul sujet,

celui de l’obsession :

«Manger» pour le boulimique,

«Ne pas manger» pour l’anorexique.

Les troubles du comportement alimentaire (TCA) sont des maladies émotionnelles avec des symptômes physiques, qui demandent entre autres, une solution spirituelle : trois dimensions abordées dans Nestor, la bouffe et moi, sans oublier l’indispensable conquête de l’estime de soi.

Ce livre ouvre la porte de la tempérance alimentaire. Identifier et visualiser son propre Nestor, ce petit singe diablement rusé, permet aux personnes atteintes d’un TCA, de se dissocier progressivement de leur trouble alimentaire et ainsi de mieux pouvoir le reconnaître en elles. Conscientes de leur dépendance, elles cessent d’en être victimes pour devenir responsables de leur rétablissement.

Mais l’anorexie et la boulimie continuent d’emprisonner de plus en plus de gens. Et ces prisons tuent leurs détenus.

Puisse la nouvelle édition de ce livre aller au devant des prisonniers de Nestor en quête d’aide au rétablissement !

 

 

Nestor, la bouffe et moi

Qui est Nestor ?

 

C’est ce petit singe perché sur mon épaule. Nestor est l’avocat de ma boulimie. Il s’est fait embaucher pour m’éviter tout effort de réflexion car il a réponse à tout. Normal, Nestor a LA réponse, la seule, l’infaillible, celle qui selon lui, convient à toutes les situations :

MANGE !

Ça va bien ? Mange ! Déprimé(e) ? MANGE ! En colère ? MANGE ! Nestor n’a que ce mot à la bouche. Ce mot qui fait de moi, Dominique, une boulimique, une vraie, imbattable.

D’une plume pleine d’humour et de sincérité, Dominique Buffet dévoile ici, sous un jour nouveau, les mécanismes de la boulimie et les multiples facettes du vécu de cette maladie.

Par la méthode et les outils proposés, Nestor, la bouffe et moi est un véritable guide pratique du rétablissement sur tous les plans.

Ce guide très complet a déjà redonné espoir à des milliers de boulimiques qui ont choisi de vivre libres, sans la béquille de la nourriture.


Pour vous familiariser avec Maître Nestor, voici en toute confidentialité les points essentiels de son curriculum vitae. 
Quelques extraits du livre :

 

CURRICULUM VITAE

Diplômes

–  Avocat au Barreau International des Nestors.

–  Docteur en Psychologie des Désordres Alimentaires.

Expérience Professionnelle

–  Chargé de missions auprès du Syndicat Universel des Chocolatiers.

–  Directeur de l’Union Interplanétaire des Profes- sionnels du Sucre.

–  Concepteur de publicité chez les principaux fabri- cants d’aliments frais, surgelés ou en conserve (aucun nom ne sera cité pour ne pas faire de publicité).

Prix

–  Élu pour la millième fois : « Juriste de l’Année ».

–  Nommé à vie : « Meilleur défenseur des causes 
perverses ».

Publications

–  Symptômes menant à la rechute, «Revue de l’A.P.E.N.» (Association pour l’emploi des Nestors).

–  Du Gavage à la Privation Totale, «Journal des 
Nestoriens ».

–  Comment Convaincre votre client d’utiliser la 
nourriture pour se saboter, «Revue de Droit Boulimique ».

Un petit grain de folie

L’analyse des titres des articles publiés par Nestor montre qu’il connaît à fond la cause qu’il défend. Il sait fort bien que les mécanismes de la boulimie sont comparables à ceux 
d’une voiture sans freins, garée au bord d’une pente menant droit au précipice. Un être sensé ne démarre pas. Nestor, lui, va convaincre l’automobiliste de le faire car cette fois, lui assure-t-il, tu sauras freiner et t’arrêter. Cette histoire de fou est celle de la boulimie.

Prenons un autre exemple. Si Nestor m’invitait à sauter du haut d’un immeuble de vingt-neuf étages, il aurait beau m’assurer que je m’arrêterais au vingt-huitième et qu’ainsi je ne m’écraserais pas au sol, je serais assez lucide pour ne pas me jeter dans le vide. Mais dès qu’il s’agit de gâteaux, je perds ma lucidité: juste un, après j’arrête, n’est-ce pas Nestor ? Sur ces bonnes paroles, j’ouvre… et finis le paquet.

La folie, n’est-ce pas de continuer les mêmes erreurs, en attendant un résultat différent ? La boulimie, pour moi, c’est ce genre de folie.

Et l’avocat de cette folie, c’est Nestor

J’ai entendu dire, que je n’étais pas la seule à être affublée d’un Nestor. Alors, comment savoir si l’un d’eux squatte votre épaule?

Je vous avertis tout de suite, Nestor n’est pas si facile à débusquer. Il se perche sur un grand nombre d’épaules, peu importe leur degré de «rembourrage». Celles des gros (ses) lui conviennent aussi bien que celles des maigres. Éliminons donc l’indice du poids et voyons quels autres critères retenir.

Le comportement alimentaire?

Si certaines victimes de Nestor sont devenues totalement incapables de contrôler leur conduite alimen- taire compulsive, d’autres y réussissent encore de façon épisodique.

Quelques symptômes nestoriens

Pourrait-on alors dresser une liste de symptômes nestoriens ?

Peut-être, mais ils sont si nombreux qu’on ne peut en établir un catalogue exhaustif. Nous en citerons pourtant quelques-uns, pour confirmer ou affiner les critères retenus dans le test:

– S’obséder sur la nourriture: fantasmer dessus, l’éviter…

–  L’utiliser pour s’anesthésier, se réconforter ou se récompenser.

–  Être incapable d’arrêter de manger certains aliments après en avoir pris la première bouchée.

–  S’obnubiler sur son image corporelle (poids, taille, formes…), d’où en découle une fascination pour tout procédé promettant une perte de poids rapide:


• Régimes amaigrissants.

• Jeûnes.


• Vomissements avec leurs variantes: mâcher et 
recracher, ou régurgiter et remâcher les aliments 
(«grazing» ou «ruminage»).


• Abus d’exercices physique, de laxatifs, de pilules. 
Piqûres, vaccins anti-graisse, liposuccion, ligature des mâchoires avec une broche… Sans oublier les trois modes d’intervention de la chirurgie bariatrique: la pose d’un anneau gastrique, le pontage de l’intestin, et la sleeve qui est la diminution irréversible de la taille de l’estomac. Dans ce cas, un estomac d’une capacité d’un litre, par exemple, est réduit à cent millilitres, qui est la taille de l’estomac d’un enfant de trois ans.

La boulimie uniquement un problème de poids ?

En observant Nestor, j’ai découvert que ce petit malin, très au fait des rouages de la boulimie, avait mis au point une stratégie, et créé des outils, pour me faire tomber dans la nourriture et m’y maintenir. Très bon orateur, il me fait croire des tas de choses, pour mieux me piéger. Il bénéficie aussi de nombreux soutiens, ce qui le rend d’une efficacité redoutable. Attention, une conspiration de Nestors le seconde dans sa tâche : le Nestor de mes proches, et de tous 
ceux, bien intentionnés ou intéressés, qui désirent m’aider à m’en sortir.

Passons en revue quelques-unes de leurs judicieuses suggestions.

Après m’avoir dit, à mots couverts, que je devrais avoir honte de mon manque de volonté devant la nourriture, ils me proposent en vrac : coupe-faim, régimes, pilule, bistouri, yaourt allégé et faux sucre…

Autant de fausses solutions. Pourquoi ? Parce que Nestor, réduisant la boulimie à un problème de poids, fausse dès le départ les données du problème.

La cure d’amaigrissement du boulimique, ou le gavage dans l’isolement de l’anorexique, n’a jamais rien résolu.

Alors ? Avez-vous un Nestor ?

Attention, ne le laissez pas répondre à votre place.

Je l’entends d’ici :

Tu ne te fais pas vomir.


Tu n’es pas boulimique.


Tu n’as pas de crises, tu grignotes.


« Ça » ne t’arrive que de temps en temps.


Au fait, ne pencherais-tu pas plutôt vers l’anorexie ?

Nestor ne sera jamais à court d’arguments, pour me prouver que je ne suis pas boulimique. Pourquoi est-il si important pour lui de m’en convaincre? Il m’a fallu du temps, et j’ai eu de la difficulté à le comprendre, mais l’expérience m’a montré que nier ma boulimie était la plus sûre façon de la garder.

Maintenant, je ne me laisse plus berner. Ce n’est pas parce que je n’ai pas exactement les mêmes symptômes qu’un(e) autre boulimique, que je ne le suis pas. Au-delà de cette diversité apparente, que je sois boulimique ou anorexique, je sais que notre souffrance est la même. Et l’artisan de cette souffrance, c’est ce cher Nestor, qui me rend impuissante devant la nourriture et sabote ma vie.

Je connais la souffrance de cette maladie: elle m’a trop souvent mise KO dans tous les domaines de ma vie !

À chaque crise, je me relevais, un peu plus désespérée. Allais-je un jour pouvoir m’en sortir ?

Le KO final

Et puis un soir, j’en ai eu « marre d’en avoir marre », mon KO avait été assez spectaculaire pour me dissuader de remonter sur le « ring » des régimes et autres tromperies. Je ne savais pas quelle était la solution, mais je savais qu’elle n’était pas là.

Ce changement de regard a été le premier pas vers une nouvelle quête d’espoir. À force de chercher ce que la boulimie essayait de me dire, et de mettre en pratique les enseignements que j’en tirais, j’ai réussi, un jour à la fois à dépasser cette maladie.

Aujourd’hui, je chemine vers la guérison. Chaque jour, quoi qu’il arrive, au lieu de me saboter, je choisis d’apprendre à m’aimer, et à aimer les autres.

C’est pour partager cette expérience de rétablissement, et transmettre l’espoir et l’envie de s’en sortir, que j’ai eu envie d’écrire ce livre,

Car si moi je peux m’en sortir, n’importe quel autre boulimique peut y arriver.

Comment Nestor accomplit-il son travail? Comment le vaincre? Comment aussi éviter de retomber entre ses pattes ? C’est l’objet de Nestor, la bouffe et moi.

Les quatre parties du livre

La première partie, Le sabotage nestorien, décrit les mécanismes de la boulimie, et dénonce les fausses pistes proposées par Maître Nestor. Pour m’accorder le droit de guérir en acceptant d’avoir une vie harmonieuse, il faut déjà que je comprenne comment je me sabote, et que j’identifie les erreurs à ne pas renouveler. Ayant ainsi en main toutes les cartes du jeu de la boulimie, telles que Nestor les distribue dans ma vie, je deviens responsable de mon rétablissement.

La deuxième partie, Comment licencier Nestor? s’appuie sur la découverte de ces nouvelles données, pour me préparer à démonter les rouages de la maladie. Étant droguée de nourriture, si je veux me rétablir, je dois déjà poser la nourriture et cesser de l’utiliser comme une drogue. En me basant sur des principes qui permettent à des millions de dépendants à travers le monde de se libérer de leur addiction, je propose une méthode et des outils, pour qu’un jour à la fois, quoi qu’il arrive, le recours à la boulimie, ou à l’anorexie, ne soit plus une option. Cette méthode m’aidera à maintenir l’équilibre et la modération dans tous les domaines de ma vie.

La troisième partie, Changer mon regard, va au-delà du désordre alimentaire qui n’est qu’un des symptômes de la boulimie. Elle traite de la marche à suivre, pour briser le cercle vicieux de l’obsession, et l’empêcher de se reformer. Enfin libre de poser un nouveau regard sur le rétablis- sement, je serai plus à même de l’envisager, si je le désire, dans sa dimension spirituelle. À la lumière de ce nouveau contexte, nous verrons également comment sortir au plus vite des rechutes qui peuvent jalonner le chemin de ce rétablissement. Et aussi, comment se servir de ces rechutes comme d’un levier de changement, pour mieux pouvoir les prévenir.

La quatrième partie, La traversée des émotions, montre comment guérir les blessures de l’enfance, que j’avais enfouies sous la nourriture, et ainsi cicatriser les fractures de l’âme par lesquelles Nestor adore se faufiler. Et pour consolider le rétablissement, vous serez accompagnés, pas à pas, tout au long de ce voyage intérieur soigneusement balisé.

Il est conseillé de lire les chapitres dans l’ordre, car ils s’enchaînent selon une progression mise au point pour permettre de poser un nouveau regard sur la boulimie. Nouveau regard qui servira de fondation solide au rétablissement.

Nestor, la bouffe et moi, a également déjà aidé la famille et les proches à mieux comprendre l’appel de détresse du boulimique. Cette compréhension du problème et des solutions proposées s’est révélée être un facteur important pour apporter une aide et un soutien, plus appropriés et plus efficaces, à la victime de Nestor.

Ce livre a aussi été très bien accueilli par les membres de la profession médicale désireux d’aider les victimes de Nestor.

À chacun son Nestor car à chacun sa drogue. Ce singe pourrait tout aussi bien me dire:

Bois


Fume


Séduis


Déprime


Défonce-toi


Ne mange rien


Joue aux courses


Achète des vêtements


Travaille sans arrêt, encore et toujours…

Le Nestor de ce livre est celui qui dit : « Mange ».

À vous d’adapter ses propos, si vous le désirez, aux autres compulsions que vous pourriez avoir. Vous pouvez aussi choisir de continuer à obéir à votre Nestor, et si vous n’avez pas de Nestor, remerciez le ciel…

En toute amitié, je vous présente le mien.

À nous deux, cher Nestor !


La première bouchée

Nestor, petit malin, est l’ennemi du moindre effort. Pour aller droit au but : me faire tomber dans la nourriture, premier volet de sa stratégie.
Il me fait prendre la première bouchée d’une nourriture piège.
Nestor sait très bien que pour moi, boulimique, la première bouchée entraîne, tôt ou tard, une crise de boulimie. C’est donc l’outil de sabotage par excellence. En ce qui me concerne, qui dit première bouchée dit deuxième, troisième, centième. La bouchée qui entraîne toutes les autres et me mène à la crise, est donc bien cette fameuse première bouchée. Inversement, si je m’en abstiens, aucune autre bouchée ne s’enclenchera, ni deuxième, ni troisième, ni centième.
Alors me direz-vous, un(e) boulimique ne peut plus du tout manger? Soyons précis, le label de qualité «première bouchée » répond à des critères bien définis.

Comment repérer et identifier cette première bouchée ?

Posons-nous simplement les quatre questions suivantes: Pourquoi? Quoi? Quand? Comment?

Pourquoi ?

Est-ce que je prends cette «première bouchée» pour compenser un manque (de sécurité, affectif…), me protéger de peurs (intimité, rapports sexuels…), ou m’anesthésier et éviter de ressentir certaines émotions?
«Je mange, poussée par ce qui me mange à l’intérieur: mieux vaut s’obséder sur la bouffe, que de ressentir cette angoisse…»
Valérie, 37 ans, boulimique

Quand je prends la première bouchée, ai-je l’illusion que ce n’est justement pas la « première bouchée », mais l’unique, la seule, que je vais prendre :

Juste une bouchée, juste pour goûter… après j’arrête.

N’est-ce pas, Nestor ?

Quoi ?

Qu’est-ce que je m’apprête à manger?
Attention, c’est en grande partie la qualité de l’aliment ingéré qui déclenche une réaction dite «du désir de plus».
Cette réaction active le «signal d’encore» (pour «j’en veux encore »), qui me pousse à continuer à manger, alors qu’un être normal saura s’arrêter quand il n’aura plus faim.
Dans mon cas, la première bouchée de sucre est de trop, car mille ne me suffiront jamais.
La compulsion, «ce besoin pressant et irrésistible de manger de façon irraisonnée», fait que la taille de la première bouchée importe peu. Cela peut être une lichette, une miette, mais son effet sur moi, boulimique, est tel, qu’il suffit à amorcer la pompe qui déclenche le gavage.

Quand ?

La «première bouchée» peut être prise n’importe quand, de façon spontanée, ou préméditée, et plutôt en dehors des repas. À la fin d’un repas, cette première bouchée est celle que je prends quand je dépasse les portions « modérées » que j’avais prévues, quand je me ressers, alors que je n’ai plus faim, et que mon repas se transforme en crise de boulimie.

Comment ?

La première bouchée est souvent prise debout, de préférence devant le réfrigérateur ouvert, affalé(e) devant la télévision, en cachette des autres, dans la précipitation, en marchant dans la rue, au volant de ma voiture… Ce faisant, je me répète presque toujours la même chose:

Un seul… après j’arrête, je ne devrais pas, lundi, régime…

Dans sa technique du croque-bouffe, Nestor sélectionne avec soin certains aliments pour mieux me piéger, d’où l’origine du terme «nourriture piège».

Les nourritures pièges

Pour moi, les nourritures pièges sont surtout le sucre raffiné, et tout ce qui est à base de farine blanche, mais cela peut aussi être n’importe quoi. Comme nous sommes tous différents, c’est à chacun d’identifier ses aliments pièges.
Nestor, lui, sait parfaitement ce qui fait « craquer » chaque boulimique, et il offre toujours la nourriture piège la mieux adaptée au goût de chacun. Il sait aussi, que certains aliments sont plus pièges, plus déclencheurs que d’autres. Déclencheur de quoi ? De cette réaction « du désir de plus », de ces énièmes bouchées qui suivront la première, pour tenter en vain de satisfaire cette insatiable et incontrôlable compulsion.
Victime du croque-bouffe, me voilà prise au piège de la nourriture. Que se passe-t-il alors? Après avoir mal dormi, ayant fait une crise de boulimie la veille, pendant laquelle j’ai mangé sans faim tout ce qui me tombait sous la main, je me réveille nauséeuse et le moral au plus bas. Devant les cadavres d’assiettes et de papiers vides, tandis que je capture d’un index humecté quelques miettes rescapées dans les pliures d’un paquet éventré, Nestor me serine :

Tu as « encore » craqué, demain, il faut que tu arrêtes !

Demain, hier… Et aujourd’hui là-dedans? Dans les oubliettes! Aujourd’hui, ce bien au-delà de toute valeur, que je ne pourrai jamais récupérer, Nestor me le dérobe.
La technique du croque-bouffe étant infaillible, Nestor gagne toujours la première manche. Maintenant comment s’y prend-il pour assurer sa victoire?
C’est l’objet du deuxième volet de sa stratégie: me maintenir dans la nourriture. Paresseux et adepte des pièges, Nestor me présentera tout simplement les « solutions pièges », qui vont perpétuer le problème.